Digging ( by Seamus Heaney)

Publié le par Christine Bessa

Digging!

ça sonne bien!

Comment traduire?

"To dig" veut dire "creuser"

Mais aussi "bêcher"!

Creuser; évider, aller profond...

Bêcher; retourner la terre, la nettoyer, l'aérer...

C'est un peu différent.

Qu'a fait le poète irlandais Seamus Heaney tout le long de son travail littéraire? 

A-t-il plutôt creusé ou bêché?

Ceux qui lui ont attribué le prix Nobel de littérature en 1995 ont sûrement leur petite idée à ce sujet.

Moi pas, car je ne connais actuellement que ce poème de lui.

Les deux facettes du verbe "to dig" sont clairement imagées dans ce poème. 

Le père bêche son carré de jardin ("... My father, digging...among the flowerbeds..".),

le grand-père creuse dans des tourbières pour extraire des mottes, de plus en plus profondément ( " ...going down and down...Digging.").

Le poète se promet alors, lui aussi, de creuser et de bêcher à l'aide de sa plume.

Dans cette traduction-maison je vais utiliser "bêcher"... tout en sachant que des traducteurs professionnels, eux, ont choisi " creuser". 

Mon explication est sensorielle.: Quand je dis "bêcher", j'entends parfaitement le bruit du métal de la lame qui fait son travail, ( "Digging!") c'est net et énergique, à l'image de tous ces hommes admirés par le poète.

Si j'utilise "creuser", le poème est plus flou, moins vigoureux, ...

C'est personnel.

Bienheureux les anglais dans ce cas-là, car ils n'ont pas à choisir...

Par ailleurs, je prends le parti de traduire "Digging" par le participe présent "Bêchant" alors que les traducteurs ont évité cette formule un peu lourde en français.

On perçoit dans ce poème que les conditions de vie en Irlande étaient rudes. Traduire  en français  par "Bêchant" marque à mon avis, de façon adéquate, l'effort régulier et lourd demandé à ceux qui voulaient faire survivre leur famille.

" Digging"!

...Au début, tout cela se passe dans un jardin, en contre-bas de la maison du poète.

( Ecoutez Seamus Heaney disant lui-même son texte grâce à la vidéo ci-dessus.)

DIGGING ( by Seamus Heaney)
 
Between my finger and my thumb
The squat pen rests; snug as gun.
 
Under my window, a clean rasping sound
When the spade sinks into gravelly ground:
My father, digging. I look down
 
Till his straining rump among the flowerbeds
Bends low, comes up twenty years away
Stooping in rhythm through potato drills
where he was digging.
 
The coarse boot nestled on the lug, the shaft
Against the inside knee was levered firmily.
He rooted out tall tops, buried the bright edge deep
To scatter new potatoes that we picked,
Loving their cool hardness in ours hands. 
 
By God, the old man could handle a spade.
Just like his old man.
 
My grandfather cut more turf in a day
Than any other man on Toner’s bog.
Once I carried him milk in a bottle
Corked sloppily with paper. He straightened up
To drink it, then fell to right away
Nicking and slicing neatly, heaving sods
Over his shoulder, going down and down
For the good turf. Digging.
 
The cold smell of potato mould, the squelch and slap
Of soggy peat, the curt cuts of an edge
Trough living roots awaken in my head.
But I’ve no spade to follow men like them.
 
Between my finger and my thumb
The squat pen rests.
I’ll dig with it.
 
 
BÊCHANT ( de Seamus Heavey)
 
Installée entre mon doigt et mon pouce
La plume trapue repose; ajustée comme une arme.
 
Sous ma fenêtre, le crissement net
De la pelle qui s’enfonce dans un sol  graveleux:
Mon père, bêchant. Je le regarde
 
Jusqu’à ce que, parmi les plates-bandes, son dos éprouvé
Se courbe et remonte  vingt ans en arrière
Lorsqu’il se penchait en rythme au travers d’un carré de patates,
Bêchant.
 
La botte fruste nichée sur la lame, le manche  
Contre l’intérieur du genou fermement maintenu.
Il extrayait les Tall tops, abattait profond le métal brillant
Pour éparpiller les  pommes de terre nouvelles  que nous récoltions
En jouissant de leur rude fraîcheur dans nos mains.
 
Mon Dieu, que le vieux père savait manier la bêche!
Exactement comme son propre père.
 
Mon grand-père pouvait couper plus de mottes en un jour
Que tous les autres hommes de la tourbière de Toner.
Une fois, je lui apportai du lait dans une bouteille
Bouchée en hâte  avec du papier. Il se redressa
Pour boire et repartit ensuite sans autre 
Entailler et trancher de façon impeccable, balancer les lourdes mottes
Par-dessus l’épaule, continuer ainsi de strates en strates,
Pour faire de belles pièces. Bêchant.
 
La froide odeur des moisissures de patates,  le bruit de succion et les claques    
De la tourbe trempée, les incisions précises de la lame
Au travers des racines vivaces se réveillent dans ma tête.
Mais je n’ai pas de bêche pour suivre de tels hommes.
 
Installée entre mon doigt et mon pouce
La plume trapue repose.
Je bêcherai avec elle.
 
(traduction: La tortue qui voulait.com)

 

 

 

Je profite de ce texte pour apprendre un peu de vocabulaire:

squat (= trapue, ramassé)

snug  (= douillet, bien au chaud, ajusté)

the gun  (= un fusil, un pistolet, un canon)

a rasping sound (= un grincement, un crissement)

the spade (= la pelle, la bêche)

to sink (= couler, chuter)

the rump (= le postérieur, le derrière, les fesses)

to strain (= faire un effort)

to bend (= plier)

the shaft (= le manche de la pelle)

the lug (= la lame de la pelle)

tall tops (= nom d’une espèce de pommes de terre)

to bury (= enterrer, enfouir)

the edge (= le bord,  le tranchant)

to scatter (= éparpiller)

to pick (= ramasser, récolter )

cool (= frais, détaché)

to handel (= manipuler)

the turf (= le gazon, la motte, la tourbe)

the bog (= le marais, la tourbière)

( les bogs informatiques viennent-ils de là? To bog down, s’enliser)

the cork (= le liège, le bouchon)

sloppily  (= de façon lâche, peu soignée)

to straighten up (= se redresser )

the mould (= la moisissure)

the squelch (= bruit de succion)

the slap (= la claque, la gifle)

to nick (= entailler)

the nickname (= le surnom)

to slice (= couper, trancher)

neatly (= avec soin, parfaitement)

...en espérant que les longues heures passées à préparer un bon terreau, courbée (parfois de façon éprouvante) dans ce carré de découvertes de la langue anglaise, octroieront à ma mémoire si peu habituée au travail de fond une récolte nourrissante!

Et si vous m'y suivez et m'assistez... c'est l'Eden!

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Commenter cet article

Kevin 04/06/2017 07:31

Yes, yes, I'm here!

I love your translations, knowing how difficult a good translation is, yours are excellent. I enjoyed the poem too. I like how the father and the grandfather before him dig literally, physically, unstoppable in the utility of the act, contrasted with the poet's intellectual digging, seeking the meaning behind the physical, trying to feel equal to those other men through a pen. His own kind of spade.

Christine Bessa 04/06/2017 08:14

Dear Kevin,! thank you for your words, they help me to go on!