Blackberrying ( Sylvia Plath )

Publié le par Christine Bessa

 

A l’occasion d’une simple cueillette de mûres recueillies dans une bouteille de lait lors d’une promenade,
là où d’autres célébreraient la nature et  la joie de l’abondance, 
Sylvia Plath évoque  le «trop» de la vie, la révolte étouffée, le manque, la déception 
et un sentiment final d’anti-chambre d’enfer.
 
 
Tout est exprimé à travers la description d’un paysage allant en contre-bas dans lequel Sylvia Plath s'engage 
de «crochets» en «crochets» 
( "hooks"/ "crochets",  terme utilisé pour décrire les lacets du sentier, mais qui précise bien son état de suspension et d’hyper sensibilité.)
 
Ce poème se trouve dans le recueil «Arbres d’hiver précédé de La Traversée» Sylvia Plath, édition bilingue nrf poésie/ Gallimard.
 
J’ai lu avec attention les notes des traductrices et cela me conforte dans l’idée que je suis un peu timbrée de vouloir apprendre l’anglais grâce à la poésie!
Pas simple, mais sûrement passionnant!
 
Voici des extraits de commentaires des traductrices:
 
« Il serait vain de dresser ici la liste des difficultés rencontrées à la traduction principalement due au rythme,(...) à l’emploi de la rime et de l’assonance, au lexique tout particuliers de Sylvia Plath, enfin à ses nombreuses influences en poésie  __ romantiques ou sur-réalistes, expressionnistes ou confessionnelles: autant de poétiques plus ou moins faites siennes dans ses poèmes (...)» Valérie Rouzeau
 
«(...) la poésie de Sylvia Plath ne se transpose pas facilement en français. En anglais déjà, elle déconcerte: son vocabulaire tient parfois plus de l’anglo-américain parlé que de l’anglais courant, avec des inclusions d’argot et de termes scientifiques que le contexte n’éclaire pas toujours. (...) Il est particulièrement difficile de rendre sensible en français l’effet de dérision tragique et de dénuement à la fois résolu et enfantin que procure le recours appuyé à la banalité. (...) Ajoutons à cela une densité ( due à l’emploi de mots très brefs) que le français tend à constamment diluer et l’on aura une idée assez juste des problèmes que se posent à qui cherche un équivalent approché du style de ses poèmes.» Françoise Morvan
 
J’y ai appris aussi que l’auteur  avait le souci constant de la lecture à haute voix de ses poèmes. 
Read them aloud always» écrit-elle dans son journal)
 
Cela m’encourage à les trouver lus sur internet. ( par exemple ici, par elle-même, mais malheureusement pas celui présenté aujourd'hui...)
 
Bonne lecture!
 
BLACKBERRYING
 
Nobody in the lane, and nothing, nothing but blackberries,
Blackberries on either side, though in the right mainly,
A blackberry alley, going down in hooks, and a sea
Somewhere at the end of it, heaving. Blackberries
Big as the ball of my thumb, an dumb as eyes
Ebon in the hedges, fat
With blue-red juices. These they squander on my fingers.
I had not asked for such a blood  sisterhood; the must love me.
They accommodate themselves to my milkbottle, flattening their sides.
 
Overhead go the choughs in black, cacophonous flocks--
Bits of burnt paper wheeling in a blown sky.
Theirs is the only voice, protesting, protesting.
I do not think the sea will appear at all.
The high, green meadows are glowing, as if lit from within.
 
I come to one bush of berries so ripe it is a bush of flies,
Hanging their bluegreen bellies and their wing panes in a Chinese screen.
The honey-feast of the berries has stunned them; they believe in heaven.
One more hook, and the berries and bush end.
 
The only thing to come now is the sea.
From between two hills a sudden wind funnels at me,
Sapping its phantom laundry in my face.
These hills are too green and sweet to have taste salt.
I follow the sheep path between them. A last hook brings me
To the hills’northern face, and the face is orange rock
That looks out on nothing, nothing but a great space
Of white and pewter lights, and a din like silversmiths
Beating, beating at an intractable metal.
 
LA CUEILLETTE DES MÛRES
 
Personne sur le chemin, et rien, rien sinon des mûres,
Des mûres de chaque côté, toutefois principalement à droite,
Une allée de mûres, qui descend en crochets, et une mer
Quelque part au bout, qui tangue. Des mûres
Aussi grosses que mon pouce, aussi muettes que des yeux
Ebène dans les haies, et pleines
De jus bleu-rouge, qu’elles abandonnent sur mes doigts.
Je n’avais pas demandé de telles soeurs de sang; elles doivent m’aimer.
Elles sont accommodantes, elles se font toutes petites pour tenir dans ma bouteille à lait.
 
Là-haut passent les chocards en volées noires, cacophoniques--
Bouts de papier brûlé qui tournoient dans un ciel orageux.
Leur voix est la seule voix, elle proteste, proteste.
Je ne crois pas que la mer apparaîtra.
Les hautes prairies vertes s’embrasent, comme illuminées de l’intérieur.
 
J’atteins un buisson de baies si mûres que c’est un buisson de mouches,
Suspendant leurs ventres bleu-vert et leurs ailes en un paravent chinois.
Le sirupeux festin de baies les a tout étourdies; elles croient au paradis.
Un crochet encore, et les baies et les buissons finissent.
 
Il ne manque que la mer maintenant.
D’entre deux collines un vent soudain s’abat sur moi
Et me gifle le visage de son linge fantôme.
Ces collines sont trop vertes et douces pour goûter le sel.
J’emprunte le sentier aux moutons qui les sépare. Un ultime crochet me mène
A la face nord des collines, et cette face est de roc orange
Et ne donne sur rien, rien sinon un grand espace
De lumières, blanches et d’étain, et un vacarme comme d’orfèvres
Frappant, frappant encore un métal intraitable.
 
Sylvia Plath
 
Tiré du recueil «Arbres d’hiver» nrf Poésies/ Gallimard
édition bilingue
 
Traduction largement inspirée par celle de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau

Le poème " Blackberrying" et sa traduction en vis-à-vis. ( à imprimer)

 

Je profite de ce poème pour élargir mon vocabulaire anglais:

mainly (= principalement)

 
hooks (= crochets __ vous vous souvenez du capitaine Crochet? Captain Hook!?!)
 
dumb (= muet)
 
though (= cependant, toutefois / quoique, bien que )
( ...conjonction déjà rencontré sur ce blog dans le texte de D.Bowie « Heroes» ( ici )
(«...though nothing will keep us together.../ ..."bien que rien ne nous gardera ensemble"..«...though nothing will drive them away.../ ..."bien que rien ne puisse les chassez"...)
 
heaving (= qui tanguent)
(UK slang: bondé)
( to heave (aussi = avoir des hauts-le-coeur)
 
to squander on (= gaspiller, dilapider, dépenser)
 
to flatter (= aplatir)
 
flocks ( =des nuées, des volées, des troupeaux)
( religions: des ouailles)
 
within ( dans, à l’intérieur)
 
ripe (= mûr)

En espérant que le jus sucré des mûres de Sylvia Plath stimulera ma capacité à me souvenir, et que, sous la cacophonie des volées noires de chocards protestant dans le ciel orageux, la mer de ma mémoire m'apparaîtra aux détours des mille crochets afin d'encourager la langue anglaise à rester parmi moi...

Publié dans Sylvia Plath

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Commenter cet article

Déa 03/08/2017 07:19

Becs au rosé!