Chamber Music IV (James Joyce)

Publié le par Christine Bessa

 

Comme je n'y connais pas encore grand chose en poésie et que je veux progresser en anglais, je farfouille au hasard (ou presque) dans les rayons de la prestigieuse bibliothèque qui se trouve près de chez moi, à l'étage consacré à la littérature anglaise.

J'emprunte des livres qui présentent les poèmes originaux avec en vis-à-vis une traduction en français.

Et je m'y plonge...

...de préférence le matin au réveil, car je l'ai remarqué, j'ai plus de chance d'entrer dans le monde de l'auteur si je sors directement de mon sommeil. On est un peu plus pur durant le premier quart d'heure de réveil, non? Disons moins pollués par les pensées du quotidien? Enfin je parle pour moi. Au matin , mon esprit est plus clair,  un peu comme l'eau transparente d'un lac avant l'assaut fracassant des baigneurs...

Hélas, cela ne dure pas.

Alors voilà le butin d'aujourd'hui:

Il s'agit du quatrième poème tiré du recueil " Chamber music" (1907) de James Joyce qui en contient trente-six au total simplement numérotés.

Petit détail; il semble que James Joyce ait été très attiré par le monde musical et qu'il aurait bien aimé  chanter ses propres textes si un compositeur avait collaboré avec lui. Né un peu plus tard, aurait-il brigué une place parmi Bob Dylan et autre Jim Morrison?

extrait d'un article de  Poezibao, blog dédié à l'actualité éditorial de poésie:

"Musique de chambre s’inscrit en regard des « chansonniers » de la Renaissance et propose une poésie lyrique et amoureuse qui se donne à lire avec une certaine naïveté assumée mais aussi avec un vrai sens de la référence. Les 36 poèmes réunis sous le titre de Chamber Music suivent une progression de l’amour qui passe par les lieux communs habituels : l’apparition de l’amour, les progrès jusqu’au silence de la possession physique (entre les 16e et 17e poèmes), puis le mouvement s’inverse jusqu’à la séparation et la solitude, ce qui est un écart avec la lyrique de la Renaissance, mais un appel vers un poète comme Verlaine (dont Joyce traduisit, notamment « La Chanson d’automne »). "[Alexis Pelletier]

L'amour, toujours...

Je vous présente d'abord le poème numéro IV pioché au début du volume, parmi les textes dédié  aux prémices de l'amour. Je trouve qu'il s'en dégage une atmosphère très "impressionniste" ( comme une peinture) et c'est effectivement bien balancé. 

Petite remarque encore:

Dans cette édition, le parti pris est de versifier et de rimer la traduction... la mise en forme est donc moins littérale... C'est plus "joli" mais pour les cancres en langue anglaise comme moi, c'est plus difficile de comprendre le sens voulu en anglais.

( James Joyce, Musique de chambre, traduction en vers réguliers et rimés par Adrien Louis, préface de Jacques Aubert, Le Bousquet-La  Barthe, éditions, 2012)

Les améthystes sont violettes, parfois bleues ou vertes...

IV
 
The twiligth turns from amethyst
To deep and deeper blue,
The lamp fills with a pale green glow
The trees of avenue.
 
The old piano plays an air,
Sedate and slow and gay;
She bends upon the yellow keys,
Her head inclines this way.
 
Shy thought and grave wide eyes and  hands
That wander as they list-
The twiligth turns to darker blue
With ligths of amethyst
 
 
James Joyce
 
 

 

Traduction selon Adrien Louis
 
IV
 
L’améthyste du crépuscule mue
Et vire en un bleu toujours plus profond,
Sous la lampe les arbres de la rue
S’emplissent d’un vert et pâle rayon.
 
Le vieux piano compose un air,
Mélodie gaie, lente et légère;
Courbée vers les touches jaunies,
Sa tête penche par ici.
 
Chastes pensées, grands yeux inquiets,
Et mains qui errent à leur gré-
Avec le sombre bleu persistent
Quelques lumières améthystes.
 
 
 
James Joyce
 

texte original et sa traduction en vis-à-vis

Je profite de ce poème pour élargir mon vocabulaire et peut-être retenir quelques mots:

the twiligth (= le crépuscule)

to fill (= remplir)

the glow (= la lueur)

sedate ( =calme, posé, réfléchi)
(on connaît l'effet sédatif... du latin... sedare: calmer, oui, oui de vieux souvenirs...vagues et soporifiques)
 
to bend (= courber, plier)
 
the key (= la touche de piano)
the keyboard (= le clavier)
 
to wander (= errer, flâner, vagabonder, aller sans but)
 
to list (= énumérer, lister, nommer, inscrire)

Donc "...hands that wander as they list..." c'est joliment dit...is'nt it?

Est-ce une expression anglaise?

 

...en espérant que grâce à ce poème, portée par les impressions qui s'en dégagent, un peu de la langue anglaise trouvera un chemin direct et plus sûr que ceux proposés par les méthodes habituelles d'apprentissage de l'anglais en direction de  ma mémoire...  pour le moins sélective...

 
 
 

 

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Commenter cet article

Franfran 10/01/2017 21:43

Bien que le traducteur aie essayé des rimes, c'est vraiment beaucoup plus poétique et "chantant" en anglais...!

Christine Bessa 10/01/2017 22:17

Je partage cet avis :-)